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Juin 2011
Bonjour à tous,
Ce mois-ci, nous traiterons de la boulimie au masculin.
Vous trouverez également un article paru sur RTL : Les régimes alimentaires sont inefficaces ou... dangereux
Ainsi que le témoignage de Nathalie : « Grossesse et anorexie, compatibles ? »
Venez aussi jeter un coup d’œil aux nouveaux ateliers de groupe (atelier d’auto-hypnose appliquée aux problèmes de poids ou de boulimie à Bruxelles, et atelier de psycho-nutrition à Rivière (près de Namur)
La boulimie masculine
Résumé de l’article « La boulimie masculine », écrit par M. Flament, B. Remy , S. Criquillion-Doublet, Y. Simon, K. Elkington, S. Paterniti
La forte prédominance féminine observée dans les troubles des conduites alimentaires a longtemps laissé croire que ceux-ci ne survenaient chez le garçon que sous des formes atypiques ou en présence d’un trouble de l’identité sexuelle. On sait maintenant que l’anorexie mentale et la boulimie peuvent toucher les hommes et que bien souvent le tableau clinique et la problématique sous-jacente apparaissent proches des descriptions classiques faites chez les femmes. Mais alors que la boulimie touche un homme pour dix femmes, moins de 4% des sujets consultant pour boulimie sont des hommes.
Une étude du réseau INSERM sur les hommes boulimiques nous permet de nous éclairer sur ce terrain encore méconnu. Cette étude repose sur un échantillon de 13 hommes (entre 19 et 48 ans), venus consulter pour des troubles boulimiques.
L’analyse comparative du comportement alimentaire survenant chez les hommes et les femmes met en évidence les caractéristiques symptomatiques suivantes :
Anamnèse :
· au niveau familial, on observe fréquemment chez les hommes boulimiques :
- une mère souvent absente (70% versus 38% des femmes boulimiques) - des relations difficiles ou conflictuelles avec leur père (73% versus 48% des femmes) des relations conflictuelles avec leur conjoint dans la moitié des cas
· anamnèse du trouble des conduites alimentaires :
- âge du début du comportement boulimique quasiment identique chez hommes-femmes, à savoir en moyenne vers 18ans . - Des perturbations antérieures de l’alimentation semblent avoir existé beaucoup plus précocement chez les garçons (7 ans et demi en moyenne chez les garçons et 14 ans chez les filles). - Au début ou au cours de l’évolution du trouble alimentaire, 2 fois moins d’hommes que de femmes ont présenté un épisode d’anorexie mentale. - Les périodes de rémission du trouble du comportement alimentaire tendent à avoir été plus rares, mais de longue durée. - La sévérité de la boulimie serait moins réactive aux évènements extérieurs.
Symptomatologie alimentaire :
Globalement la sévérité de la boulimie est la même que chez la femme.
Caractéristiques communes :
· 85% sont obsédés par leur poids · 92% d’entre eux ont la hantise de grossir et sont obsédés par la nourriture · la qualité des aliments importe peu · les facteurs déclenchant dans 60 % des cas sont la solitude, l’ennui, l’anxiété (et non tellement la frustration comme c’est le cas chez la femme) · la durée de la crise est identique · les crises surviennent plus fréquemment le soir · les méthodes de contrôle du poids sont similaires (régimes restrictifs et vomissements provoqués)
Spécificités chez l’homme boulimique :
· les hommes expriment toujours une insatisfaction générale de leurs corps (100% versus 75% des femmes) · leurs crises sont plus fréquentes · la prise alimentaire est plus fréquemment associée à la sensation de faim · en ce qui concerne les crises : peu de différences avec les femmes si ce n’est qu’ils en sont moins honteux (a même parfois lieu en public) et sont moins préoccupés de maintenir un contrôle strict de leur poids (peuvent présenter d’importantes fluctuations de poids). Leur poids idéal est, par ailleurs, souvent plus réaliste que celui exigé par les femmes.
· Les crises des hommes boulimiques sont suivies par une dévalorisation de soi allant jusqu’à de idées de mort chez plus d’1/3 d’entre eux (beaucoup plus fréquents que chez les femmes) · pratique régulière et intensive du sport (qui vise d’avantage un aspect physique idéal que la perte de poids, contrairement à la femme)
Symptomatologie associée :
Si la sévérité des troubles alimentaires est fort similaire dans les deux sexes, l’évaluation clinique indique une symptomatologie particulièrement sévère dans certains domaines chez les hommes :
· symptomatologie dépressive significativement plus élevée que chez les femmes · états d’ivresse plus fréquents. Par contre, les consommations de substances psychoaffectives (tabac, tranquillisants, drogues illicites, stimulants) ne sont pas plus élevées. · comportements auto-agressifs plus fréquents · comportement sexuel : mauvaise qualité des relations sexuelles, attitude plus timorée à l’égard de la sexualité · mauvaise qualité des relations interpersonnelles (difficulté d’adaptation scolaire et professionnelle)
Aspects psychopathologiques et psychosexuels :
Comme chez la fille, les garçons souffrant de boulimie présentent une mauvaise estime de soi et une fragilité narcissique.
Un certain nombre d’auteurs soulignent la fréquence des troubles de l’identité de genre et de la sexualité, avec l’observation d’une plus forte proportion d’asexualité ou d’homosexualité (32%) que chez les femmes boulimiques (5%). Plusieurs auteurs décrivent une identification féminine inconsciente avec une difficulté d’identification au père. Schneider (1991) et Tabin (1998) évoquent une identité de genre fragile chez les garçons. Dans notre étude, 8 hommes parmi les 13 sont asexuels ou présentent un dégoût de la sexualité.
L’hypothèse d’un trouble précoce du processus de séparation-individuation a été retenue par plusieurs auteurs. Le symptôme boulimique traduirait des conflits non résolus dans les relations précoces de maternage des deux ou trois premières années de la vie. Le développement « normal » favorise, quant à lui, la séparation du garçon de son premier objet d’attachement, l’enfant devant renoncer à l’attachement à sa mère pour s’identifier à son père. Influence socio-culturelle :
Bien que traditionnellement, les pressions culturelles sur l’image du corps sont moins fortes chez l’homme, notre société représente de plus en plus le corps idéal masculin comme « mince et musclé". C’est ainsi que nous pouvons considérer l’exercice physique intense chez l’homme boulimique comme une façon d’atteindre un physique idéal d’ avantage que comme un moyen compensatoire de perte de poids, contrairement à la femme.
Conclusion :
Les études récentes confirment donc que les troubles des conduites alimentaires se rencontrent également dans la population masculine. Ceux-ci sont notamment caractérisés par : · la hantise de grossir · les préoccupations corporelles · l’obsession de la nourriture · les crises de boulimie elles-mêmes · les stratégies de contrôle du poids utilisées
Il semble que, dans la population masculine, il existe certains facteurs de risque pour le développement de troubles des conduites alimentaires. · le début plus précoce de troubles alimentaires (encore peu spécifiques), · l’insatisfaction corporelle (dans l’enfance et à l’âge adulte) · certaines particularités dans la situation familiale
Le faible taux de consultation des hommes boulimiques révèle leur réticence à demander des soins pour une pathologie réputée féminine.
Les cliniciens, peu habitués à faire un diagnostic de troubles des conduites alimentaires chez les hommes, n’en reconnaissent peut-être que les formes les plus sévères. Pourtant les similitudes cliniques de la boulimie dans les deux sexes, autant que la gravité de la psychopathologie associée à des difficultés d’adaptation dans la population masculine, soulignent la nécessité de reconnaître ce trouble chez les hommes et de mettre en place un traitement prenant en compte l’ensemble du tableau pathologique.
Catherine Lemage.
Article de presse
Les régimes alimentaires sont inefficaces ou... dangereux
Les régimes alimentaires sont inefficaces ou... dangereux L’avis est sans appel. Les régimes alimentaires sont au minimum inefficaces, au pire dangereux pour la santé. Une information qui tombe alors que cette journée de jeudi est consacrée à la lutte contre l’obésité. Une quinzaine de régimes amincissant, parmi les plus connus, ont été passé au crible. Un verdict qui tombe en pleine "Journée nationale et européenne contre l'obésité". Les régimes et autres produits "miracles" parmi les plus connus créent des déficits. Cette observation s’appuie sur une enquête scientifique réalisée en France par l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire). "Les différents régimes qui permettent de perdre beaucoup de poids rapidement entraînent un effet yoyo", explique le professeur Colin, diabétologue et endocrinologue, avant d’enchaîner : "La perte du poids est pathologique. Cet effet « yoyo » est dévastateur sur le plan physiologique mais aussi sur le plan psychologique". Concrètement, le corps ne serait pas en capacité d’encaisser les demandes de ces régimes pour perdre du poids.
De l’argent jeté par les fenêtres En plus d’être dangereux ces régimes sont chers, ils couteraient 27 à 29 millions d’euros aux Belges. "C’est beaucoup d’argent perdu en pure perte", tance Jean-Paul Allonsius, président fondateur de Bold (l'Association belge de patients obèses), avant de poursuivre : " Ce qui faut faire c’est aller voir son médecin, son diététicien, son psychologue mais surtout retrouver du mouvement. Avec ces méthodes, on possède plus de chances de perdre durablement du poids".
Une équipe de spécialistes, plus approprié. Des conseils utiles puisque 54% des hommes et 40% des femmes belges présentent un surpoids. De plus, 14% de la population belge est obèse et - plus alarmant encore - 18% des enfants âgés de 2 à 7 ans sont obèses. Dans toute situation surpoids, l’aspect psychologique est très important. Consulter donc une équipe pluridisciplinaire serait la meilleure solution. "On ne peut véritablement se baser que sur des régimes équilibrés. Ils peuvent être discrètement hypocaloriques mais seulement durant un temps limité. Ils créent surtout un déséquilibre", conclut le professeur Colin Idès. RTL 19 mai 2011
Témoignage :
Anorexie et grossesse, compatibles ?
J’ai toujours cru, après toutes ces années d’anorexie, que je finirais vieille fille et sans enfants. Comme me l’avait un jour dit ma grand-mère, « qui pourrait vouloir de toi ? » Cette remarque m’est restée très longtemps en tête. J’ai pourtant fini par rencontrer l’homme avec qui j’ai fait ma vie. Il ne connaissait rien de mes troubles alimentaires dans les premiers temps de notre vie à deux, mais après un an de lutte pour paraître normale, mon corps et mon esprit ont craqué. J’ai alors fait ma plus grosse crise d’anorexie, celle où je suis descendue au plus bas, celle où je me suis sentie mourir. J’ai pourtant réussi à remonter la pente, mais continuais à affirmer à mon conjoint que jamais nous n’aurions d’enfants. Pendant des années je n’ai pas pris de contraceptif, jusqu’au jour où j’ai senti la terre tourner, mon ventre se révulser… tout ça, en buvant une simple tasse de thé. Le goût, l’odorat de cette boisson aimée, tout m’en dégoûtait. Puis, on suivi de grosses nausées, que j’ai attribué à la fatigue… par après, j’ai compris, mais sans y croire. C’est alors que vient le moment euphorique du test de grossesse…. Positif… vite chez le médecin pour une prise de sang… Positive… et là, une grande joie… enfin, je suis comme tout le monde, je suis capable d’avoir un enfant. Mais le début d’une longue période d’angoisse et d’inconnue commençait, et cette inconnue, cette inquiétude qui me rongeait m’a ramenée à l’anorexie… petit à petit. Les premières semaines de grossesse, j’ai eu comme beaucoup d’entre nous, de grosses nausées, les goûts alimentaires qui changent, mais pas d’envie particulière de dormir, plutôt des insomnies, qui vont caractériser chacune de mes grossesses et m’amener à l’épuisement. Vers les trois mois, quand tous ces petits inconvénients du début sont passés, j’ai commencé à ressentir des contractions. Et c’est à ce moment là que le bonheur de porter un enfant en a pris un gros coup. Obligation de rester allongée le plus possible, et sous médicaments contre les contractions dès le quatrième mois. A 25 semaines, les médicaments n’y suffisant plus, j’ai été hospitalisée. J’étais tellement fragile, pas soutenue par ma famille, car pas capable encore une fois de faire comme tout le monde, que j’ai viré dans la déprime et l’anorexie. Je mangeais pour mon bébé, rien de plus. Je me suis revue hospitalisée en psychiatrie, regards soutenus, sous-entendus… ça m’était insupportable. En maternité, je changeais de voisine de chambre tout les 4 jours environs, ce sont des allées et venues sans arrêt, les visites pour la voisine de chambre, les soins pour le nouveau-né ou la maman, ou alors, on se retrouve avec quelqu’un dans notre cas, mais la vie commune n’est pas forcément facile, entre la tachycardie continue due aux médicaments, les insomnies, le besoin d’être un peu seul, de retrouver un peu de calme. Tout cela devient vite insupportable. Et interminable. Je suis pourtant arrivée au bout de cette grossesse, j’aurai vécu douze semaines avec mon Baxter, à essayer d’empêcher mon bébé de naître trop tôt. Mais voilà, il est arrivé, le moment est magique. Il me faudra un an pour me remettre de cette épreuve qu’est la grossesse, mais je ne regrette rien. Par ailleurs, deux autres suivront, tout aussi difficiles, mais avec une maturité grandissante et une autre vision de moi-même. Pour quelqu’un comme moi qui reste fragile, chaque grossesse m’aura épuisée, mais j’en suis sortie grandie, même s’il faut plus d’un an pour s’en remettre, ça vaut tellement la peine. C’est donc possible de fonder une famille malgré les troubles alimentaires, mais le chemin n’est pas facile, semé d’embûches.
Nathalie
Appel à témoignages :
Nous sommes toujours à la recherche de témoignages sur l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie, l’orthorexie… Si vous désirez témoigner, même anonymement, n’hésitez pas à envoyer votre témoignage à l’adresse info@anorexie-boulimie.com Vous serez peut-être publié dans une de nos prochaines newsletters.
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